Les Hieroglyphica d'Horus Apollo et l'image porteuse de sens...
- Calista Bellini
- il y a 3 jours
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Le chaînon oublié entre les hiéroglyphes et le Tarot... avant Court de Gébelin, il y avait Horapollon... la culture de l'image signifiante...
Il existe dans l’histoire un livre étrange qui prétend expliquer la manière dont les anciens Égyptiens exprimaient certaines idées au moyen de figures. Le texte décrit près de deux cents signes et cherche à révéler ce qu’un animal, une plante, un astre, un geste ou une disposition particulière pouvait signifier lorsqu’il était représenté. Les Hieroglyphica attribués à Horapollon sont un traité consacré aux hiéroglyphes égyptiens, issu du milieu culturel de l’Égypte de l’Antiquité tardive, probablement vers le Ve siècle apr. J.-C. Ils ne constituent pas une clé permettant de traduire les hiéroglyphes mais leur importance pour l’histoire du Tarot se trouve dans la conception de l’image qu’ils ont transmise à la Renaissance et dans l’extraordinaire postérité de cette conception... L'image n'est pas seulement un dessin, c'est un langage sacré qui révèle une réalité invisible...

La recherche moderne a montré qu’Horapollon, Horus Apollo dans les éditions plus anciennes, conserve parfois des éléments authentiquement liés à l’écriture égyptienne... selon la notice transmise avec l’œuvre, Horapollon aurait composé le traité en langue égyptienne, puis un certain Philippos l’aurait traduit en grec...
Son nom lui-même associe les deux cultures par les noms Horus et Apollon... c'est un nom gréco-égyptien qui rapproche Horus, divinité égyptienne, et Apollon, divinité grecque. Horapollon appartient donc déjà à la rencontre entre deux mondes culturels, l’Égypte ancienne dont il cherche encore à transmettre certaines significations et le monde grec à travers lequel cette connaissance nous est parvenue. C’est cette transmission tardive qui explique pourquoi ses Hieroglyphica contiennent à la fois des souvenirs authentiques de certains signes égyptiens et des interprétations symboliques qui ne correspondent plus au fonctionnement réel de l’écriture hiéroglyphique.
Le manuscrit grec des Hieroglyphica arrive donc dans l’Italie humaniste au début du XVe siècle et sa redécouverte est traditionnellement associée au voyageur Cristoforo Buondelmonti qui en rapporte un manuscrit en 1419.
L’œuvre circule alors parmi les humanistes avant d’être imprimée à Venise par Alde Manuce en 1505. Cet événement intervient au cœur d’une période durant laquelle les lettrés italiens recherchent avec passion les textes de l’Antiquité et pensent retrouver derrière les monuments égyptiens les fragments d’une sagesse extrêmement ancienne.
L’Occident ne sait plus lire les véritables hiéroglyphes et cette ignorance produit un phénomène fascinant, les signes égyptiens commencent à être considérés comme une écriture des idées, capable de condenser dans une seule figure une connaissance entière.
Le hiéroglyphe devient alors beaucoup plus qu’un caractère graphique... il devient une image à méditer.
Le Collège de France parle à ce propos d’une véritable naissance des « néo-hiéroglyphes » de la Renaissance et rappelle combien la redécouverte d’Horapollon participa à cette recherche d’une communication qui prétendait atteindre directement le monde des idées.
C’est ici que commence à apparaître un rapprochement intéressant avec le Tarot de Marseille...
Même si aucun document 'actuellement connu' ne permet d’affirmer que l’auteur des Hieroglyphica connaissait évidemment le Tarot, que les cartiers marseillais copiaient Horapollon ou que les vingt-deux atouts auraient été composés à partir de son livre... ce que l’on peut observer est plus subtil...
Entre l’arrivée du manuscrit d’Horapollon dans l’Italie du XVe siècle et la fixation progressive des formes iconographiques que nous associons ensuite au Tarot de Marseille, l’Europe connaît un immense développement de la pensée emblématique.
L’image devient un lieu où plusieurs significations peuvent coexister et où le spectateur doit apprendre à reconnaître des attributs, des gestes, des orientations, des animaux, des objets et des relations entre les personnages.
Le Tarot appartient lui aussi à cette civilisation de l’image signifiante.
Un ouvrage permet de comprendre le passage entre ces mondes avec une précision remarquable, l’Hypnerotomachia Poliphili, généralement appelée en français Le Songe de Poliphile, publiée à Venise par Alde Manuce en 1499 et attribuée à Francesco Colonna.
Ce livre paraît six années avant l’édition aldine d’Horapollon, alors que son manuscrit circule déjà dans les milieux humanistes. Il met en scène un univers saturé d’architectures, d’inscriptions, d’allégories et de compositions que ses contemporains comprennent comme des hiéroglyphes.
Les spécialistes parlent ici de néo-hiéroglyphes parce que les humanistes fabriquent leurs propres combinaisons symboliques en croyant retrouver le principe de l’écriture sacrée égyptienne.
La Bibliothèque nationale de France rappelle elle-même que le Songe de Poliphile constitue un jalon fondamental dans cette histoire de l’image conçue comme une écriture susceptible de dépasser la langue ordinaire.
Cette idée change profondément la manière de regarder une représentation... une image cesse d’être seulement la représentation d’une scène et peut fonctionner comme une proposition intellectuelle.
Un animal associé à un astre, un personnage tourné dans une certaine direction, une plante placée près d’un objet ou une figure accomplissant un geste particulier peuvent construire ensemble une signification qui ne se trouve écrite nulle part... c'est celui qui regarde qui doit relier les éléments, la réalité change avec l'observateur...
Horapollon donne un exemple célèbre avec le scarabée auquel il va donner plusieurs significations, parmi lesquelles la génération et le monde... il développe son explication à partir du comportement qu’il attribue à l'animal et de la forme sphérique qu’il donne à sa boule... la forme visible devient le support d’une idée invisible...
Le Tarot de Marseille peut être observé selon le même mécanisme... prenons le Mat... si l’on se contente de reconnaître un homme marchant avec un bâton et un animal derrière lui, l’image paraît presque narrative.... par contre, dès que chaque élément symbolique est interrogé séparément puis replacé dans l’ensemble, une autre lecture apparaît... la marche, le bâton, la besace, le chien, le regard, la direction du corps en mouvement et l’absence de numéro produisent alors du sens...
Mais attention, l’historien peut rechercher l’origine iconographique de ces éléments dans les traditions médiévales et renaissantes, tandis que l'initié peut étudier les relations qu’ils construisent à l’intérieur du Tarot... confondre ces deux démarches conduit à fabriquer de fausses preuves mais les distinguer permet au contraire d’aller beaucoup plus loin...
Le symbole ne possède pas nécessairement une signification isolée et immuable, il fonctionne souvent comme nous... par relation... qaund on cesse d’utiliser les arcanes comme un dictionnaire dans lequel une carte doit forcément être fixée dans une définition, la main d’un personnage prend son sens avec l’objet qu’elle tient, son regard avec la direction vers laquelle il se porte, une couronne avec celui qui la porte, un animal avec la place qu’il occupe et une couleur avec la forme qu’elle remplit... comme dans un tirage, l’unité signifiante devient alors la relation entre plusieurs signes.
L’emblème associe généralement une inscription, une image et un texte explicatif. L’image devient alors une véritable énigme savante que le lecteur doit interpréter... cette tradition nourrira pendant des générations les artistes, graveurs, érudits et auteurs de recueils symboliques...
La France reçoit directement cette culture... un document est particulièrement précieux pour notre sujet... en 1543, Jacques Kerver publie à Paris la première traduction française des Hieroglyphica, intitulée De la signification des notes hieroglyphiques des Aegyptiens, cest a dire des figures par les quelles ilz escripvoient leurs mysteres secretz, & les choses sainctes & divines.
L’ouvrage comporte 197 bois gravés, dont plusieurs répétés, traditionnellement attribués à Jean Cousin... Horapollon devient un livre français illustré dans lequel chaque notion est accompagnée d’une représentation visible.
Le Tarot de Marseille apparaît donc dans une Europe qui sait depuis longtemps faire parler les images... ses artisans et son public vivent dans un environnement rempli d’emblèmes, d’allégories religieuses, de personnifications des vertus, d'images astrologiques, de bestiaires, de devises, d’enseignes, d’iconographies bibliques et de recueils symboliques.
Horapollon appartient à cette histoire et contribue à installer l’idée qu’une figure visible peut contenir une pensée invisible et que cette pensée se découvre par l’intelligence des correspondances.
Un détail devient alors particulièrement troublant lorsque l’on revient au Tarot... le spectateur doit entrer dans l’image et reconstruire les relations.
C’est exactement cette activité intellectuelle que la Renaissance avait appris à valoriser à travers l’allégorie, l’emblème et le néo-hiéroglyphe... il existe même une conséquence importante pour notre manière contemporaine d’étudier le Tarot car chercher le sens d’un détail uniquement dans ce détail risque de nous égarer...
La méthode de la culture emblématique invite à regarder les structures... un objet placé en hauteur ne fonctionne pas comme le même objet placé au sol, une figure regardant vers une autre crée une relation différente d’une figure qui lui tourne le dos, deux éléments semblables disposés symétriquement peuvent former une unité conceptuelle et une anomalie graphique peut attirer volontairement l’attention du regard...
Horapollon nous conduit vers une conception de l’image dans laquelle voir signifie déjà interpréter... une figure peut cacher une proposition sous une apparence familière, plusieurs éléments peuvent former une phrase sans employer de mots et la connaissance peut être déposée dans l’organisation même d’une représentation.
Les arcanes du tarot peuvent être regardées immédiatement par celui qui ignore tout de leur histoire et continuer pourtant à produire des relations nouvelles après des années d’étude...
Le Tarot ne demande pas seulement que l’on connaisse ses symboles... il demande que l’on apprenne à voir comment ils communiquent entre eux...
Horapollon avait offert à la Renaissance le rêve d’une écriture dans laquelle l’image pouvait porter silencieusement une idée... plusieurs siècles plus tard, lorsque nous ouvrons un Tarot de Marseille et que nous passons d’un personnage à son geste, du geste à l’objet, de l’objet au nombre, puis d’une carte à celle qui lui répond, nous accomplissons encore quelque chose qui appartient à cette ancienne culture du regard...
L’image devient syntaxe, la disposition devient discours et le silence apparent de la carte devient précisément l’espace dans lequel commence la lecture...
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Je suis Calista Bellini, bienvenue sur mon blog, je suis coach alchimique et j’ai développé une lecture structurée et consciente des dynamiques énergétiques et collectives, au service de l’évolution intérieure. J'accompagne celles et ceux qui traversent des phases de transformation intérieure, des fins de cycle, ... à travers l’alchimie du réel, le symbolisme et l'usage du Tarot de Marseille comme outil de développement personnel et de connaissance de soi, envisagé dans sa dimension symbolique et initiatique, et non divinatoire.
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