Tarot : La Rove de Fortvne "Regnavo - Regno -Regnero" !
- Calista Bellini
- 24 sept.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 25 sept.
« Le destin est le plomb, le libre arbitre est le feu, et l’or naît de leur union. »
La Roue de Fortune est la première lame du Tarot où l’homme disparaît, jusque-là, les arcanes précédentes montraient des figures humaines archétypales. Ici, ce sont des animaux ou des créatures hybrides qui tournent autour de la roue. Cela signifie que nous sortons du domaine du psychique et de l’humain pour entrer dans celui des forces cosmiques impersonnelles, qui dépassent la volonté individuelle. L’homme cesse d’être acteur, il est ballotté par la loi de l’alternance, à moins de trouver l’axe immobile...

Regnavo – Regno – Regnero
“Je régnais – je règne – je régnerai” déroule le temps en trois anneaux
.
Regnavo : mémoire d’une souveraineté perdue où l’âme se souvient d’un centre, le passé.
Regno : présence du gouvernement intérieur, l’instant où l’axe est saisi, le présent.
Regnero : promesse de restauration, l’avenir où l’Être redevient Roi de lui-même, le futur.
Ce triptyque n’est pas une vanité monarchique mais il désigne l’initiation du sujet à sa propre royauté. Le “règne” n’est légitime qu’au centre sitôt qu’il glisse sur la jante, il n’est plus maîtrise mais alternance. La Roue ne punit ni ne récompense, elle révèle la position de la conscience. En bas, l’homme “subit”. Sur le flanc, il “réagit”. Au sommet, il “comprend”. Au centre, il “est”.
Cette trilogie embrasse passé, présent, futur : Mémoire, Conscience, Destin, rassemblés dans le même point d’immobilité active.
Le moyeu est l’arcane secret. Il ne tourne pas mais tout tourne autour.
Alchimiquement, c’est la Fixation du volatil, l’esprit se stabilise et l’âme cesse de se perdre dans la périphérie des événements. Kabbalistiquement, c’est le point qui précède la ligne, le centre qui engendre les directions sans être direction.
Habiter l’axe, c’est convertir la succession en simultanéité, Regnavo–Regno–Regnero se rejoignent comme trois aspects d’un même rayon. Le temps y devient opératif, non fatal. On sort de la sphère humaine pour entrer dans le jeu cosmique, où l’alternance des forces obéit à une loi mathématique, immuable et impersonnelle.
Tout ce qui n’est pas centré est soumis à la montée/descente, honneur et disgrâce, fécondité et stérilité, exil et retour.
La roue enseigne que les contraires ne sont pas ennemis, mais tour de manivelle, ce qui monte attire déjà sa chute, ce qui descend prépare sa remontée. C'est le cycle naturel des choses, tout comme l’arbre perd ses feuilles en automne pour préparer sa nouvelle fleurison futur.
C’est la loi de l’alternance.
Tout ce qui monte est appelé à descendre, et tout ce qui descend renaîtra sous une nouvelle forme. Rien n’est fixe, tout est mouvement, et c’est dans ce cycle perpétuel que s’éprouve l’âme.
La roue représente donc la cyclicité universelle comme l’Ouroboros, où la stabilité est une illusion. Les figures qui gravitent autour expriment cette loi d’alternance des positions, des rôles, des expériences, des états intérieurs de l’homme, exaltation et chute, orgueil et humilité, expansion et contraction.
La Roue enseigne que l’on ne peut s’attacher ni au sommet ni à la base, le mouvement est la seule constance. Comme le passage de la lumière à l’ombre, puis de l’ombre à la lumière. Comme les cycles de la nature alterne le jour et la nuit, l’été et l’hiver, le flux et le reflux... dans un perpétuel mouvement.
La loi de l’alternance nous pousse à comprendre que celui qui s’accroche à une position fixe est tôt ou tard brisé par le mouvement.
Celui qui accepte le rythme du devenir transforme la roue en spirale initiatique, au lieu de tourner en rond, il s’élève en intégrant chaque montée et chaque chute comme une étape de connaissance.
La roue correspond à l’opus circulatorium, la nécessité de répéter les opérations, solve et coagula, jusqu’à la transmutation.
C’est un miroir de la destinée humaine, tant que l’homme s’identifie aux figures qui montent et descendent, il est prisonnier des cycles.
Quand il comprend que le centre de la roue est immobile, il accède à un état supérieur, celui qui n’est plus soumis à l’alternance, mais qui contemple le cycle sans en être l’esclave.
Mais en réalité, ce n’est pas une roue, c’est un rouet, c’est-à-dire un outil mécanique. La manivelle qui l’actionne montre que ce n’est pas un cycle autonome et naturel mais qu’il y a une force qui l’entraîne.
Le Mat, en tant que voyageur-initié, est celui qui doit tôt ou tard comprendre qu’il tient cette manivelle, c’est lui qui met la roue en mouvement, consciemment ou non. La fortune n’est pas un destin aveugle, elle est mise en mouvement par une main.
Au Moyen Âge, le rouet servait à deux choses essentielles, filer le chanvre et le lin et puiser l’eau d’un puits. Le puit représente la faculté qu’à l’homme de puiser à l’intérieur de lui-même, dans ses profondeurs, son NIGREDO.
Le filage du chanvre et du lin consistait à extraire des fibres végétales, et les transformer en un fil solide et continu... séparer le subtil de l’épais. Le rouet est un instrument de métamorphose.
La roue, en tournant, exprime le caractère cyclique de la vie mais le fil (filum aureum) qu’elle produit exprime au contraire la ligne du destin, qui traverse et relie tous les cycles. C’est l’union du circulaire (temps, cycles, alternance) et du linéaire (destin, chemin initiatique). Le fils est aussi une représentation de la parole, du VERBUM.
Dans la mythologie grecque, ce sont les Moirai qui tiennent le fil de chaque vie, Clotho file le fil de l’existence, Lachésis le déroule et en mesure la longueur, Atropos le coupe au moment de la mort.
Le rouet de l’arcane X se rattache directement à cette vision, il est l’outil qui file la substance de l’être. Mais, contrairement à la fatalité antique, le Tarot donne au Mat la possibilité de prendre la manivelle et donc de devenir co-tisserand de son propre destin.
Le Mat découvre que la roue n’est pas une fatalité, mais un travail de développement personnel, une transmutation, s’il actionne la manivelle avec inconscience, il subit l’alternance, si par contre, il l’actionne en conscience, il oriente le fil de sa vie et élève ses propres eaux intérieures.
En tournant la manivelle, il apprend que ce n’est pas le monde extérieur qui dicte sa destinée, mais bien sa propre main qui actionne l’outil.
La roue devient le rouet de l’âme, allégorie du travail intérieur...
Si le Mat comprend qu’il est le fil qui traverse toutes les phases, alors il résout l’énigme, il ne s’identifie plus aux alternances, mais à l’être immuable qui en fait l’expérience.
Ce n’est pas un divertissement mythique, mais la reconnaissance des âges de l’âme. La Sphinge (femelle du sphinx) positionnée en haut, ne laisse passer que celui qui répond non par mémoire, mais par transfiguration, l’homme qui a uni sa fragilité (le matin), sa puissance (le midi) et sa sagesse appuyée au bâton (le soir). Passer la Sphinge, c’est convertir l’expérience en intelligence.
La manivelle est une invention mécanique simple mais géniale, elle convertit un mouvement linéaire en mouvement circulaire. Soit, le libre arbitre (acte ponctuel, choix immédiat) transforme le cours de l’existence en cycle de vie. Chaque choix est comme un coup de manivelle, il imprime une direction à la roue du destin, il transmute la réalité !
Le destin est co-créé... c’est la substance à transmuter.
La présence de la manivelle signifie que l’homme participe au mouvement, il n’est pas simple victime du sort.
Le destin n’est pas une fatalité mécanique. Il est une œuvre commune entre le cosmos et l’homme.
La loi cosmique d’un côté, la liberté humaine de l’autre. L’univers offre la roue, l’homme actionne la manivelle. Le premier donne la structure, le second donne l’impulsion. Ensemble, ils co-créent le mouvement de la vie.
Il ne faut pas oublier que la Rove de Fortvne vient après l’Hermite, le mouvement est la conséquence directe de la sagesse acquise.
Qu’elle se situe dans le passé, le présent ou l’avenir, la connaissance acquise se traduit toujours en transformation vécue.
C’est pourquoi la Roue annonce une évolution sûre, pas un chaos incontrôlé. en démontrant que l’on peut transmuter la réalité et co-créer son propre destin, on positionne la roue hors du temps linéaire mais dans un espace ou le temps se supperpose en cycle de mouvement permanent qui relie les dimensions temporelles par un fil continu qui les relie au moyeux central lui conférant un accès simultanés à toutes les dimensions...
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